
Le décret du 26 août 1987 fixe une liste limitative des charges récupérables. Tout poste qui n’y figure pas est juridiquement inopposable au locataire, même s’il apparaît noir sur blanc dans le bail. Ce cadre strict ne laisse aucune marge d’interprétation au bailleur, mais il reste mal maîtrisé par les deux parties, ce qui alimente la majorité des litiges en gestion locative.
Prescription et justificatifs : les garde-fous que le locataire doit connaître
La récupération de charges locatives obéit à une prescription de trois ans à compter de leur exigibilité. Un bailleur qui oublie de régulariser une année ne peut plus revenir la réclamer au-delà de ce délai. Ce mécanisme protège le locataire contre les rappels tardifs portant sur plusieurs exercices cumulés.
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Après l’envoi du décompte annuel, le propriétaire doit mettre les justificatifs à disposition pendant six mois : factures du syndic, relevés d’eau, contrats d’entretien. Pendant cette période, le locataire peut exiger de consulter chaque pièce, sur place ou par voie dématérialisée si un accord existe. Refuser cet accès constitue un manquement du bailleur à ses obligations légales.
Nous recommandons de demander systématiquement le détail du décompte dès sa réception. Une ligne de dépense non listée dans le décret de 1987, même minime, justifie une contestation écrite. Retrouvez les conseils immobiliers sur Buzzarium pour approfondir la ventilation poste par poste.
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Provision sur charges et régularisation annuelle en location vide
En location vide, le paiement des charges récupérables fonctionne exclusivement par provision mensuelle, suivie d’une régularisation annuelle. Le montant de la provision doit être cohérent avec les dépenses réelles de l’exercice précédent ou le budget prévisionnel voté en copropriété.

Lors de la régularisation, le bailleur compare le total des provisions versées au montant réel des charges de l’année écoulée. Si les provisions dépassent les dépenses, il rembourse le trop-perçu. Dans le cas inverse, le locataire verse un complément. Le décompte doit détailler la répartition par nature de dépense et par tantièmes lorsque le logement se situe en copropriété.
Une régularisation tardive reste due, mais uniquement dans la limite de la prescription triennale. En pratique, un bailleur qui régularise deux ans en retard peut réclamer le solde, mais perd tout recours sur la troisième année si elle tombe hors délai.
Postes les plus fréquents dans le décompte
- Eau froide et eau chaude collective, y compris les frais de relevé des compteurs individuels et l’entretien courant de la robinetterie des parties communes.
- Chauffage collectif : combustible ou énergie, entretien courant de la chaufferie, petites réparations. Les gros travaux de remplacement de chaudière restent à la charge du propriétaire.
- Ascenseur : électricité, visite périodique, menues réparations (boutons, fusibles, ferme-portes). Le contrôle technique quinquennal n’est pas récupérable.
- Entretien des parties communes intérieures et extérieures : nettoyage, éclairage, produits d’entretien, petite maintenance des espaces verts.
- Taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), déduction faite de la part correspondant au service de gestion des déchets non récupérable.
Forfait de charges en location meublée : un mécanisme distinct
Le bail meublé offre au bailleur le choix entre deux modes de facturation : la provision avec régularisation (identique à la location vide) ou le forfait de charges non régularisable. Ce forfait, une fois fixé dans le contrat, ne donne lieu à aucun ajustement ultérieur, ni en faveur du locataire ni en faveur du propriétaire.
Le montant du forfait doit rester cohérent avec les charges réelles. Un forfait manifestement surévalué peut être contesté par le locataire devant la commission départementale de conciliation. En revanche, si les charges réelles dépassent le forfait convenu, le bailleur ne peut pas réclamer la différence.
Cette particularité fait du forfait un outil de gestion simplifié, mais qui comporte un risque financier pour le bailleur en cas de hausse des coûts d’énergie ou de copropriété. Nous observons que la majorité des bailleurs en meublé optent pour le forfait par commodité, sans toujours mesurer l’impact d’une sous-estimation prolongée.
Bail mobilité et charges
Le bail mobilité, limité à une durée de un à dix mois, impose obligatoirement le forfait de charges. Aucune régularisation n’est possible, ce qui simplifie la relation contractuelle mais exige une estimation rigoureuse dès la signature.
Charges non récupérables : les dépenses qui restent chez le propriétaire
Toute dépense absente du décret de 1987 est non récupérable. Les honoraires du syndic de copropriété, les frais de gestion locative, les primes d’assurance propriétaire non occupant et les travaux d’amélioration ou de mise en conformité relèvent exclusivement du bailleur.

Un poste fréquemment litigieux concerne les frais d’entretien des équipements de sécurité incendie dans les parties communes. Seule la vérification et le petit entretien courant sont récupérables. Le remplacement d’un extincteur ou la mise aux normes d’un dispositif de désenfumage restent à la charge du propriétaire.
Le ravalement de façade, le remplacement de la toiture ou la réfection complète d’une colonne montante ne figurent pas non plus sur la liste. Si ces postes apparaissent dans un décompte de charges, le locataire est fondé à en demander le retrait et le remboursement.
La répartition entre charges récupérables et non récupérables repose sur un principe simple : le locataire paie l’usage courant du logement et des parties communes, le propriétaire assume la conservation du patrimoine. Le décret de 1987 reste le seul texte de référence pour trancher un doute, et toute clause du bail qui y déroge est réputée non écrite.